Je remercie Christine Renon

Je remercie Christine. Texte

Cet article souhaite rendre hommage à Christine Renon qui par son geste désespéré n’a cessé de croire qu’une prise conscience salutaire pourrait germer après sa sortie de scène dramatique.

Texte et accords guitare

Christine, directrice d’école dans le 93.

Voilà une semaine aujourd’hui que j’ai appris la fin tragique de Christine Renon, directrice d’école à Pantin (93). Cet article souhaite lui rendre hommage.

Christine Renon a mis fin à ses jours dans l’enceinte même de son établissement après avoir pris un soin extrême à expliquer son geste. Ainsi l’a-t-elle fait dans une lettre adressée à ses collègues directeurs du secteur. Ce texte ne cesse de résonner en moi. En effet, il est remarquablement écrit et fait écho à un passé proche moins que parfait. Il s’agit là d’un véritable cri du cœur, caustique, cynique. Il est volontairement provocateur dans le ton bienveillant qu’il s’impose par exercice de style afin de mieux dénoncer l’inadmissible.

Le cœur du métier.

Madame Renon y dépeint l’administratif qui prend toute la place au dépend de la transmission des savoirs et savoirs-faire et être. Dès lors, nombre d’enseignants (qui plus est en fonction de direction) ne peuvent tout simplement plus faire face. Ils sont ainsi empêchés de pouvoir se consacrer pleinement à ce qui devrait être le cœur de leur métier.

Or, ce métier justement en demande du cœur, pour consoler, rassurer, relever, éveiller, donner envie, transmettre. Aussi, ce dernier doit être bien accroché pour encaisser les remarques désobligeantes, les incompréhensions. Mais plus encore, il doit être en mesure de supporter les injonctions perpétuelles, changeantes et sans fin d’une hiérarchie à laquelle il n’est pas de bon ton d’opposer un refus d’obtempérer. Et cela même quand il s’agit de l’intérêt des enfants et de la pédagogie.

Jacques, petit fils d’instituteurs.

Durant cette même semaine Jacques Chirac s’est éteint des suites d’une longue maladie. Le parallèle me frappa, il avait pour grands parents quatre instituteurs, les fameux hussards de la République comme on les appelait à l’époque. Qu’a donc fait la République de sa mission de service public que représente l’école pour en arriver là ? Christine Renon terminait ainsi sa lettre non sans humour: Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom.

Des mots recueillis.

Hier matin avec ma guitare on n’a pas pu s’empêcher de lui rendre hommage à notre manière sous le titre Je remercie Christine. N’y voyez là aucune méprise. En effet j’aurais tant souhaité qu’elle se contente d’une TS comme on dit si pudiquement, d’un cri d’alarme. Elle en a fait beaucoup plus, elle y a perdu sa vie. Ainsi a-t-elle voulu nous offrir son geste avec certainement le secret espoir de faire bouger les lignes de cette fameuse institution qu’est l’Education Nationale. Cette dernière a choisi pour slogan du moment L’école de la confiance et ne cesse de sur-employer le terme de bienveillance dans sa communication.

Or, il n’en est rien, son personnel est malmené et en perte constante de lisibilité quant à l’objet de ses missions. La culture de l’évaluation sert ici d’alibi à toutes les dérives d’un système. Celui-ci ferait mieux d’avoir de la gratitude pour son personnel qui n’a de cesse de faire tenir une maison en feu. Il s’agit bien de notre maison commune qui brûle. Elle brûle de ne savoir prendre en compte les talents multiples et variés de ses enseignants. De fait, ils ont choisi leur métier pour être au service de leurs élèves pour les aider à grandir en leur transmettant les connaissances nécessaires à leur parcours individuels.

Devenir grand.

Aussi, je voudrais laisser ici ma plume à Justine que j’ai eu la chance d’avoir comme élève en CM2 à Locminé. Nous avions pris le temps alors d’écrire des petites chansons. Depuis, un ministre de cette grande maison vante les bienfaits du chant. J’étais alors maître et chanteur, non pas maître-chanteur mais plutôt enchanteur. Cela non plus ne semblait pas convenir à notre maison commune. La communale a grand besoin de moyens humains et de respect de son personnel pour mener à bien sa vocation de service public, vital à notre bien-être commun.
Voici donc le texte de Justine.

Devenir grand.
Pour la première fois j’y suis.
J’y suis pour avoir la clé.
La clé pour passer le cap.
Le cap pour devenir grand.
Etre grand c’est être fier.
Çà y est je l’ai fait.
Je suis devenu grand.

Ainsi je souhaite vivement à nos dirigeants de se grandir en ne galvaudant plus le mot confiance. Offrez plutôt les moyens nécessaires à chacun et à chacune de faire son métier au mieux avec ce qu’il est vraiment pour aider chaque enfant, appelé aussi élève, à devenir grand. Alors seulement, ils auront toujours envie de devenir plus grand et ce pour notre bien à tous.

Tchao Christine Renon.

Article de blog.
Article du blog Instit humeurs

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Posted by Cas d'école on Monday, September 30, 2019

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